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Nous avons recueilli pour vous quelques textes, des plus connus (La
Bible) aux plus divertissants (Pennac), qui parlent de l’épilepsie où
mettent en scène des crises d’épilepsie. La loi sur la protection des
oeuvres littéraires ne nous autorise pas à reproduire certains textes,
seules les références apparaissent alors dans l’attente de
l’autorisation des éditeurs.
Fédor Dostoïevski
Fédor Dostoïevski, épileptique lui-même a décrit dans l’Idiot la façon dont il ressentait les auras et celle avec laquelle l’entourage vivait une crise.
L’idiot - Deuxième partie , chapitre V traduction du russe : G. et G. Arout (texte de l’édition du Livre de Poche ; L’idiot, pages 332-334 et 345-347 ; ISBN 2-253-06707-0)
La crise idéalisée (*)
Il songea, entre autres, que dans ses états épileptiques il y avait un moment précédent de très peu la crise (lorsque celle-ci lui venait à l’état de veille), où soudain, au milieu de la tristesse, des ténèbres de l’âme, de l’étouffement, son cerveau semblait s’embraser par instants, et où toutes ses forces vitales se tendaient à la fois dans un élan extraordinaire. La sensation de vie, la conscience de soi-même paraissaient décuplées dans ces moments fulgurants. Le cerveau, le coeur s’illuminaient d’une extraordinaire clarté ; tout son trouble, ses doutes, ses inquiétudes, semblaient s’apaiser aussitôt, se résolvaient dans une sorte de paix supérieure, pleine de clarté, de joie harmonieuse et d’espoir, pleine d’entendement et de conscience de la cause finale. Mais ces moments, ces lueurs n’étaient encore que le pressentiment de cette dernière seconde (jamais davantage) par quoi commençait la crise. Seconde, bien entendu, absolument intolérable. Réfléchissant à cela une fois revenu à la santé, il se disait souvent que tous ces éclairs et toutes ces illuminations d’une conscience supérieure, donc “d’une existence supérieure”, n’étaient rien d’autre que maladie, qu’altération d’un état normal et que, s’il en était ainsi, il de s’agissait nullement d’une existence supérieure, mais au contraire d’un état qui devait être compté au nombre des plus bas… Cela l’avait amené cependant à une déduction extrêmement paradoxale : “Qu”est-ce que cela peut faire que ce soit un état morbide ? décida-t-il finalement. Qu’importe qu’il s’agisse d’un état de tension anormale, puisque le résultat, cet instant dont on se souvient et que l’on examine lorsqu’on est déjà en bonne santé, apparaît comme le plus haut point d’harmonie et de beauté, qu’il procure un sentiment inouï, insoupçonné jusqu’alors, de plénitude, de mesure, d’apaisement et de fusion par la prière avec la plus haute synthèse de la vie ?” Ces expressions nébuleuses lui semblaient parfaitement intelligibles bien qu’encore trop faibles. Quant au fait que c’était là réellement “beauté et communion dans la prière” et “la plus haute synthèse de la vie”, il n’en doutait pas, il n’admettait pas de doutes à ce sujet. Car ce n’étaient pas des mirages qui lui venaient à ce moment-là, des songes anormaux et vains, comme il en vient du hachisch, de l’opium ou de l’alcool qui dégradent la raison et altèrent l’âme. Il pouvait en juger sainement à l’issue de son état morbide. Non, ces moments représentaient uniquement un effort extraordinaire de prise de conscience - s’il avait fallu exprimer cet état en un mot - et en même temps l’expression la plus directe de la conscience de soi-même. Et si en cette seconde, c’est-à-dire au tout dernier instant conscient avant l’accès, il lui arrivait d’avoir le temps de se dire nettement et avec lucidité : “Oui, pour ce moment on pourrait donner toute sa vie !”, il était bien certain qu’en effet cet instant valait en soi toute une vie. Toutefois, il ne tenait pas autrement au côté dialectique de sa déduction : l’hébétude, le marasme mental, l’idiotie, se représentaient à lui comme conséquence évidente de ces “moments suprêmes”. Il se serait, bien entendu, refusé à une discussion sérieuse sur ce sujet. Sa déduction, c’est à dire son appréciation de cette minute, contenait sans aucun doute une erreur, mais la réalité de la sensation elle-même ne laissait cependant pas de le troubler. Comment en effet ne pas tenir compte de la réalité ? Car cela avait réellement été, il avait réellement eu le temps de se dire, durant cette seconde, que cette seconde, par le bonheur illimité qu’il ressentait, pourrait bien valoir toute une vie.
“A cet instant-là, avait-il confié un jour à Rogojine lors de leurs rencontres à Moscou, me devient intelligible cette extraordinaire parole de l’Apocalypse : Il n’y aura plus de temps. Il s’agit probablement, avait-il ajouté en souriant, de cette même seconde où l’eau de la cruche renversée de l’épileptique Mahomet n’avait pas eu le temps de s’écouler, et durant laquelle il avait pu contempler toutes les demeures d’Allah”.
La crise dans sa réalité (*)
Subitement, quelque chose sembla s’ouvrir devant lui. Une extraordinaire lumière intérieure lui illumina l’âme. Cette sensation dura peut-être une demi-seconde, et pourtant il garda un souvenir net et conscient du commencement, du premier son du cri atroce qui s’échappa de sa poitrine et qu’aucun effort de sa part n’aurait pu arrêter. Puis aussitôt, la conscience s’éteignit instantanément en lui, et ce fut la nuit totale.
C’était un nouvel accès d’épilepsie dont il ne souffrait plus depuis longtemps. On sait que les crises d’épilepsie, ou plutôt l’accès proprement dit, se declenchent subitement. A cet instant, le visage et surtout le regard s’altérèrent terriblement. Convulsions et crampes s’emparent de tout le corps et de tous les traits du visage. Un cri atroce, inimaginable et qu’on ne peut comparer à rien, s’échappe de la poitrine. Dans ce cri semble disparaître tout ce qui est humain et il est impensable ou du moins très difficile pour un témoin de se figurer et d’admettre que ce cri vient de ce même homme. On croit parfois que c’est quelqu’un d’autre qui crie, quelqu’un qui se trouve à l’intérieur du malade. C’est tout du moins ainsi que beaucoup de gens décrivent leur impression, et nombreux sont aussi ceux chez qui la vue d’un homme en proie à un accès de haut mal provoque une terreur intolérable qui parfois comporte même un certain caractère mystique. Il faut croire que cette impression de terreur subite, conjuguée avec toutes les autres impressions terribles de cette minute, avait cloué Rogojine sur place, sauvant ainsi le prince du coup de couteau qui, infailliblement, allait le frapper. Puis sans avoir encore pu deviner qu’il s’agissait d’un accès, mais voyant le prince chanceler en s’éloignant et tomber subitement à la renverse dans l’escalier, heurtant de la nuque une marche de pierre, Rogojine dégringola l’escalier quatre à quatre, contourna le corps étendu et, comme hors de lui, quitta l’hôtel en courant.
Sous le coup des convulsions, des soubresauts et des spasmes, le corps du malade glissa de marche en marche (il n’y en avait pas plus d’une quinzaine) jusqu’au bas de l’escalier. Très peu de temps après, au bout d’à peine cinq minutes, on découvrit le malade et une foule s’amassa autour de lui. Une petite flaque de sang qui entourait sa tête provoqua des doutes : s’agissait-il d’un accident ou de “quelque malheur” ? Mais bientôt certains discernèrent le haut mal et un garçon d’étage reconnu dans le prince un client de l’hôtel. Une heureuse circonstance mit enfin un terme à cette agitation.
Kolia Ivolguine, qui avait promis d’être vers 4 heures aux “Balances” et qui au lieu de cela était parti pour Pavlovsk, déclina pour une raison subite l’invitation à dîner chez la générale Epantchine. Il revint à Pétersbourg et se hâta d’aller aux “Balances” où il arriva vers 7 heures du soir. Apprenant par le billet que lui avait laissé le prince que ce dernier se trouvait à Pétersbourg, il courut le rejoindre à l’adresse qui y était indiquée. S’étant informé à l’hôtel, il apprit que le prince était sorti, descendit au buffet et se mit à l’y attendre en buvant du thé et en écoutant l’orgue. Ayant par hasard entendu raconter que quelqu’un avait eu un accès de haut mal, il bondit, mû par un juste pressentiment, vers le lieu de l’accident, et reconnut aussitôt le prince. Les mesures qui s’imposaient furent prises sur-le-champ. On transporta le prince dans sa chambre. Bien qu’il eût repris connaissance, il mit un certain temps à retrouver entièrement ses esprits. Le médecin appelé pour examiner la blessure à la tête prescrivit des compresses et déclara que les contusions ne présentaient aucun danger. Lorsque, une heure plus tard, le prince commença à comprendre assez bien ce qui se passait autour de lui, kolia le fit transporter en fiacre chez Lebedev. Lebedev reçut le malade très chaleureusement et avec force courbettes. Il hâta pour lui le départ à la campagne, et trois jours plus tard tout le monde était déjà à Pavlovsk.
(*) Les titres sont de notre rédaction.
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