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L’épilepsie dans la littérature : Michel de Montaigne Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Nous avons recueilli pour vous quelques textes, des plus connus (La Bible) aux plus divertissants (Pennac), qui parlent de l’épilepsie où mettent en scène des crises d’épilepsie. La loi sur la protection des oeuvres littéraires ne nous autorise pas à reproduire certains textes, seules les références apparaissent alors dans l’attente de l’autorisation des éditeurs.

Michel de Montaigne

Michel de MontaigneLes mots “épilepsie” ou “haut mal” reviennent quatre fois dans “les Essais”, 1580-1588. Montaigne nous apprend que Platon était peut-être frappé du haut mal, il cite l’épilepsie dans “une infinité de maladies”, il nous rappelle que César sut dominer le haut mal dont il était frappé, et nous parle de la maladie de l’âme en la comparant à l’épilepsie.

Les Essais, livre 2 , 37 - De la ressemblance des enfans aux peres.

Galen recite, qu’il advint à un ladre de recevoir guerison par le moyen du vin qu’il beut, d’autant que de fortune, une vipere s’estoit coulée dans le vaisseau. Nous trouvons en cet exemple le moyen, et une conduitte vray-semblable à cette experience: Comme aussi en celles, ausquelles les medecins disent, avoir esté acheminez par l’exemple d’aucunes bestes. Mais en la plus part des autres experiences, à quoy ils disent avoir esté conduis par la fortune, et n’avoir eu autre guide que le hazard, je trouve le progrez de cette information incroyable. J’imagine l’homme, regardant au tour de luy le nombre infiny des choses, plantes, animaux, metaulx. Je ne sçay par où luy faire commencer son essay: et quand sa premiere fantasie se jettera sur la corne d’un elan, à quoy il faut prester une creance bien molle et aisée: il se trouve encore autant empesché en sa seconde operation. Il luy est proposé tant de maladies, et tant de circonstances, qu’avant qu’il soit venu à la certitude de ce poinct, où doit joindre la perfection de son experience, le sens humain y perd son Latin: et avant qu’il ait trouvé parmy cette infinité de choses, que c’est cette corne: parmy cette infinité de maladies, l’ epilepsie : tant de complexions, au melancholique: tant de saisons, en hyver: tant de nations, au François: tant d’aages, en la vieillesse: tant de mutations celestes, en la conjonction de Venus et de Saturne: tant de parties du corps au doigt. A tout cela n’estant guidé ny d’argument, ny de conjecture, ny d’exemple, ny d’inspiration divine, ains du seul mouvement de la fortune, il faudroit que ce fust par une fortune, parfaictement artificielle, reglée et methodique Et puis, quand la guerison fut faicte, comment se peut il asseurer, que ce ne fust, que le mal estoit arrivé à sa periode; ou un effect du hazard? ou l’operation de quelque autre chose, qu’il eust ou mangé, ou beu, ou touché ce jour là? ou le merite des prieres de sa mere-grand? Davantage, quand cette preuve auroit esté parfaicte, combien de fois fut elle reiterée? et cette longue cordée de fortunes et de rencontres, r’enfilée, pour en conclure une regle.

Les Essais, livre 2 , 37 - De la ressemblance des enfans aux peres.

C’est une pretieuse chose, que la santé: et la seule qui merite à la verité qu’on y employe, non le temps seulement, la sueur, la peine, les biens, mais encore la vie à sa poursuite: d’autant que sans elle, la vie nous vient à estre injurieuse. La volupté, la sagesse, la science et la vertu, sans elle se ternissent et esvanouyssent: Et aux plus fermes et tendus discours, que la philosophie nous vueille imprimer au contraire, nous n’avons qu’à opposer l’image de Platon, estant frappé du haut mal , ou d’une apoplexie: et en ceste presupposition le deffier d’appeller à son secours les riches facultez de son ame. Toute voye qui nous meneroit à la santé, ne se peut dire pour moy ny aspre, ny chere. Mais j’ay quelques autres apparences, qui me font estrangement deffier de toute ceste marchandise. Je ne dy pas qu’il n’y en puisse avoir quelque art: qu’il n’y ait parmy tant d’ouvrages de nature, des choses propres à la conservation de nostre santé, celà est certain: J’entens bien, qu’il y a quelque simple qui humecte, quelque autre qui asseche: je sçay par experience, et que les refforts produisent des vents, et que les feuilles du sené laschent le ventre: je sçay plusieurs telles experiences: comme je sçay que le mouton me nourrit, et que le vin m’eschauffe: Et disoit Solon, que le manger estoit, comme les autres drogues, une medecine contre la maladie de la faim. Je ne desadvouë pas l’usage, que nous tirons du monde, ny ne doubte de la puissance et uberté de nature, et de son application à nostre besoing: Je vois bien que les brochets, et les arondes se trouvent bien d’elle: Je me deffie des inventions de nostre esprit: de nostre science et art: en faveur duquel nous l’avons abandonnée, et ses regles: et auquel nous ne sçavons tenir moderation, ny limite. Comme nous appellons justice, le pastissage des premieres loix qui nous tombent en main, et leur dispensation et prattique, tres inepte souvent et tres inique. Et comme ceux, qui s’en moquent, et qui l’accusent, n’entendent pas pourtant injurier ceste noble vertu: ains condamner seulement l’abus et profanation de ce sacré titre. De mesme, en la medecine, j’honore bien ce glorieux nom, sa proposition, sa promesse, si utile au genre humain: mais ce qu’il designe entre nous, je ne l’honore, ny l’estime.

Les Essais, livre 3 , 13 - De l’Experience.

J’argumente, que les vomissemens extremes et frequents que je souffre, me purgent: et d’autre costé, mes degoustemens, et les jeusnes estranges, que je passe, digerent mes humeurs peccantes: et nature vuide en ces pierres, ce qu’elle a de superflu et nuysible. Qu’on ne me die point, que c’est une medecine trop cher vendue. Car quoy tant de puans breuvages, cauteres, incisions, suées, sedons, dietes, et tant de formes de guarir, qui nous apportent souvent la mort, pour ne pouvoir soustenir leur violence, et importunité? Par ainsi, quand je suis attaint, je le prens à medecine: quand je suis exempt, je le prens à constante et entiere delivrance. Voicy encore une faveur de mon mal, particuliere. C’est qu’à peu pres, il faict son jeu à part, et me laisse faire le mien; où il ne tient qu’à faute de courage: En sa plus grande esmotion, je l’ay tenu dix heures à cheval: Souffrez seulement, vous n’avez que faire d’autre regime: Jouez, disnez, courez, faictes cecy, et faictes encore cela, si vous pouvez; vostre desbauche y servira plus, qu’elle n’y nuira. Dictes en autant à un verolé, à un goutteux, à un hernieux. Les autres maladies, ont des obligations plus universelles; gehennent bien autrement noz actions; troublent tout nostre ordre, et engagent à leur consideration, tout l’estat de la vie. Cette-cy ne faict que pinser la peau; elle vous laisse l’entendement, et la volonté en vostre disposition, et la langue, et les pieds, et les mains. Elle vous esveille pustost qu’elle ne vous assoupit. L’ame est frapée de l’ardeur d’une fiebvre, et atterrée d’une epilepsie , et disloquée par une aspre micraine, et en fin estonnée par toutes les maladies qui blessent la masse, et les plus nobles parties: Icy, on ne l’attaque point. S’il luy va mal, à sa coulpe: Elle se trahit elle mesme, s’abandonne, et se desmonte. Il n’y a que les fols qui se laissent persuader, que ce corps dur et massif, qui se cuyt en noz rognons, se puisse dissoudre par breuvages. Parquoy depuis qu’il est esbranlé, il n’est que de luy donner passage, aussi bien le prendra-il.

Les Essais, livre 3 , 13 - De l’Experience.

Quoy, que le doubte mesme, et l’inquisition frappe nostre imagination, et nous change? Ceux qui cedent tout à coup à ces pentes, attirent l’entiere ruine sur eux. Et plains plusieurs gentils-hommes, qui par la sottise de leurs medecins, se sont mis en chartre tous jeunes et entiers. Encores vaudroit-il mieux souffrir un reume, que de perdre pour jamais, par desaccoustumance, le commerce de la vie commune, en action de si grand usage. Fascheuse science: qui nous descrie, les plus douces heures du jour. Estendons nostre possession jusques aux derniers moyens. Le plus souvent on s’y durcit, en s’opiniastrant, et corrige lon sa complexion: comme fit Caesar le haut mal , à force de le mespriser et corrompre. On se doit adonner aux meilleures regles, mais non pas s’y asservir: Si ce n’est à celles, s’il y en a quelqu’une, ausquelles l’obligation et servitude soit utile. Et les Roys et les philosophes fientent, et les dames aussi: Les vies publiques se doivent à la ceremonie: la mienne obscure et privée, jouït de toute dispence naturelle: Soldat et Gascon, sont qualitez aussi, un peu subjettes à l’indiscretion. Parquoy, je diray cecy de ceste action: qu’il est besoing de la renvoyer à certaines heures, prescriptes et nocturnes, et s’y forcer par coustume, et assubjectir, comme j’ay faict: Mais non s’assujectir, comme j’ay faict en vieillissant, au soing de particuliere commodité de lieu, et de siege, pour ce service: et le rendre empeschant par longueur et mollesse: Toutesfois aux plus sales offices, est-il pas aucunement excusable, de requerir plus de soing et de netteté? Naturâ homo mundum Et elegans animal est.
 
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