Risque confirmé de troubles neurodéveloppementaux (TND)
chez les enfants dont les pères épileptiques ont été traités par VALPROATE
L’association nationale de patients ÉPILEPSIE-FRANCE
relaie les résultats l’étude Épi-Phare
et présente l’éclairage du Pr Fabrice Bartolomei
En Janvier dernier, l’ANSM avait restreint les conditions de prescription et de délivrance des médicaments valproate et dérivés (Dépakine, Micropakine, Dépakote, Dépamide, Divalcote et génériques), carbamazépine (Tegretol et génériques) et topiramate (Epitomax et génériques) en raison des premiers résultats de l’étude pharmaco-épidémiologique EPI-PHARE qui mettaient en évidence le risque potentiellement couru par les enfants issus de pères traités par Valproate dans les mois précédant la conception. Cette première mesure était annoncée comme devant être suivie d’une étude développée sur une cohorte élargie afin de confirmer l’association entre l’exposition paternelle au valproate pendant la période de la spermatogenèse et les risques de TND chez l’enfant.
Ce 6 novembre, l’ANSM a ainsi publié le rapport final de l’étude nationale EPI-PHARE qui a porté sur 2,8 millions d’enfants nés en France entre 2010 et 2015 parmi lesquels 4 773 étaient nés d’un père traité par valproate pendant la spermatogenèse (« enfants exposés »).
Les résultats montrent une augmentation globale de 24 % du risque de TND chez les enfants de père traité par valproate au moment de la conception, comparativement à ceux dont le père était traité par lamotrigine ou lévétiracétam – deux médicaments recommandés en première ligne en raison de leur meilleur profil de sécurité.
Le risque de troubles du développement intellectuel apparait doublé chez les enfants exposés, ce qui se traduit par 3,5 cas supplémentaires pour 1000 enfants nés d’un père traité par valproate au moment de la conception par comparaison à ceux nés de père traité par lamotrigine ou lévétiracétam.
Pour les autres troubles neurodéveloppementaux, l’étude suggère une possible augmentation des risques plus modérée, mais celle-ci nécessite d’être confirmée dans d’autres études.
Ces résultats, issus de la plus vaste étude menée à ce jour sur ce sujet, confirment des tendances rapportées précédemment et renforcent de façon notable les arguments en faveur des mesures mises en œuvre en France depuis début 2025 pour limiter l’utilisation du valproate chez les patients de sexe masculin.
L’association nationale de patients Épilepsie-France, reconnue d’utilité publique, se fait immédiatement le relais de ces résultats auprès de la communauté des personnes épileptiques et invite les médias à orienter vers elle celles et ceux qui pourraient être en quête d’informations complémentaires.
L’avis du Pr Fabrice Bartolomei neurologue, chef du service d’Épileptologie et de rythmologie cérébrale au CHU de la Timone à Marseille – membre du Conseil d’Administration d’Épilepsie-France :
Les résultats de cette analyse sont robustes et invitent à appuyer les recommandations actuelles prises depuis cette année consistant à limiter l’utilisation du valproate aux seuls cas pour lesquels le contrôle de l’épilepsie le nécessite. Le valproate reste, pour certains patients ayant une épilepsie généralisée, un traitement nécessaire pour le contrôle de leur maladie, et comme l’a précisé à l’AFP Philippe Vella (directeur médical de l’ANSM) ces résultats ne doivent pas inciter les patients à arrêter le traitement de leur propre initiative, sans l’avis indispensable du neurologue spécialisé dans l’épilepsie. Si un patient souhaite avoir un enfant et se passer du valproate, c’est un dialogue qui doit se faire avec le médecin.